Gaza : la paix est-elle soluble dans le sang ?

Ce que nous montrent nos écrans TV, des images implacables, sang, terreur, enfants déchirés, hurlements de douleur, cadavres déjà souillés que l’on traîne à l’hôpital. Bref, une cohorte d’horreurs jetées à nos visages, celles d’une guerre semblable à toutes les guerres suscitant pour nos esprits l’incompréhension, le dégoût et le désir que cela cesse. Alors on se tourne sans conviction vers les protagonistes. D’un côté, le gouvernement israélien expliquant que cette opération militaire vise l’éradication du Hamas, “mouvement terroriste”, suivant ainsi la doctrine officielle des diplomaties du monde occidental, et faisant donc œuvre utile.

Puis ce que disent en écho les dirigeants de cette organisation palestinienne avec son crédo : en vrac, la trahison des pays arabes et du Fatah, la lutte contre l’oppression et le piétinement par Israël et les grandes puissances, Etats-Unis en tête, des droits légitimes d’un peuple à l’existence. Sans oublier les déclarations de l’administration américaine actuelle qui vient de bloquer encore une fois une résolution du Conseil de Sécurité de l’ONU visant à un arrêt des combats, et les péroraisons du président Sarkozy, dont la tendance est d’exploiter sans cesse toute situation pouvant l’auréoler de gloire télévisuelle.

Si cela s’impose comme des vérités immédiates, rien ne peut susciter l’espoir de la fin du martyr des Palestiniens et l’on reste médusé sur ce qui est présenté comme une évidence de tout temps : on ne discute pas avec une organisation terroriste.

Et pourtant la logique et la seule intelligence voudraient que l’on donne un sens à ces morts, que l’on réfléchisse à l’histoire commune de ces deux peuples, ce que l’inconscience, la domination par les passions et les intérêts ponctuels, électoraux ou autres ne permettent malheureusement pas.

– Hamas, organisation terroriste : Elle l’est puisqu’on nous le dit, reconnue comme telle par les États-Unis, l’Union européenne et bien entendu Israël. Elle l’est sans doute puisqu’elle s’est fait connaître auprès de l’opinion publique internationale par ses attentats contre des civils israéliens mais aussi à l’encontre des Palestiniens considérés des traîtres à la cause. Mais un peu de recul nous apprend qu’elle appartient à un mouvement bien ancien du monde arabe, petits-cousins des frères musulmans qui furent historiquement un casse-tête pour les dirigeants égyptiens, avant et après l’indépendance du pays. Légitimité historique donc, même si cela n’est pas un blanc-seing, mais reconnaissance de celle-ci lorsque fut concrètement constitué le Hamas dans la bande de Gaza par le cheikh Ahmed Yassine et que le gouvernement israélien de l’époque, avec d’autres puissances régionales finança pour contrebalancer l’influence du Fatah et son leader Yasser Arafat ! Cruelle ironie pour ceux habitués à la politique du pire qui se transforme souvent en celle de l’arroseur arrosé ou de l’apprenti sorcier. Mais il existe une autre légitimité, celle des paradoxes et des traditions régionales. Il suffit de se projeter dans la Palestine du siècle dernier et de regarder. C’est alors une situation bien complexe. Un mandat britannique, des jeux d’alliances entre les Anglais, les Américains et les divers mouvements sionistes face à une population arabe déchirée, avec ce projet tellement légitime après l’holocauste de créer un État juif. Il n’est pas nécessaire de reprendre point par point la chronologie des faits depuis les années trente jusqu’à la création effective d’Israël en 1948 pour souligner une évidence. Sans la mobilisation de Juifs de Palestine, mais aussi de ceux venant d’Europe depuis le début du siècle fuyant les persécutions, il n’y aurait pas eu d’Etat hébreu. On peut pour s’en convaincre évoquer la politique en 1945 du gouvernement travailliste en Grande-Bretagne qui, malgré ses promesses d’accroître l’émigration juive, fit le contraire, ce qui eut pour conséquence ce qu’on appellerait aujourd’hui le terrorisme. Les dirigeants d’Irgoun, organisation armée sioniste, considérant cette trahison et l’absence de reconnaissance de droits légitimes des juifs à un État se lancèrent alors dans une campagne d’assassinats et de terreur à l’encontre d’officiels anglais mais aussi de civils arabes. Leurs bombes pulvérisèrent des trains, des lieux publics et des clubs fréquentés par des Anglais, certains d’entre eux furent enlevés et exécutés. Dans les années trente, des civils arabes palestiniens furent aussi victimes de leurs attentats et l’on peut évoquer celui du marché arable d’Haïfa le 25 juillet 1938 où l’on dénombra 70 morts…L’Irgoun (dont l’un des chefs était un dénommé Begin qui devint bien des années tard Premier ministre) rentrait tout à fait dans les critères d’une organisation terroriste avec laquelle on ne pouvait négocier et était considérée comme telle.… Puis celle-ci donna naissance au Likoud, parti politique de droite considéré comme acquis aux principes de la démocratie.

Bref ce terrorisme, réaction face à l’intransigeance des grandes puissances, fut déterminant dans ce processus amenant à la création de l’Etat hébreu. Doit-on alors considérer que la violence servie à l’encontre de civils est une condition nécessaire ? Certainement pas mais l’histoire montre que l’on doit regarder de plus près ces mécanismes de déstructuration des êtres et de désespérance qui poussent à faire couler le sang. Il est certain que le Hamas, comme l’Irgoun au cours du siècle dernier, a quelque chose à dire et qu’il convient de l’écouter afin de rentrer dans un processus d’apaisement, de négociation et de pacification.

– Une invasion fautive : les faits sont là. Plus de six cents morts en quelques jours que certains mettent en balance avec la dizaine de victimes israéliennes dues aux roquettes lancées par le Hamas. Mais doit-on mettre en équivalence la souffrance ? Une victime est une victime, sans qu’il soit nécessaire d’appréhender leur nombre en additions comparées. Le problème n’est pas là. La décision du gouvernement israélien de lancer ses avions et ses chars sur une population en proie aux pires difficultés depuis le blocus et sur les troupes du Hamas dépourvues de vrais moyens militaires de défense, apparaît bien sûr démesurée et choquante, mais c’est surtout une faute politique majeure. Cette volonté proclamée d’anéantissement du Hamas, la recherche d’une victoire militaire facile comme s’il fallait gommer la défaite contre le Hezbollah en septembre 2006, va  transformer celui-ci en victime et lui donner toute l’aura nécessaire, balayant ainsi sa mauvaise image dans les consciences internationales et assurant son assise dans le peuple palestinien.

Est-ce là le calcul de ses dirigeants en rompant la trêve pour reprendre ses tirs de roquettes ? En toute hypothèse, c’est un piège et qu’il ait été posé par le Hamas ou par l’absence de vision et de courage politique de l’actuel gouvernement israélien n’a plus d’importance.

– La mobilisation de tous : Israël a été et sera toujours une promesse. Et il convient de le défendre contre ses mauvais génies. Sa ressource est son peuple qu’il ne faut pas confondre avec ses dirigeants. Son aspiration à la paix et à l’amitié entre les peuples est réelle, suffisante pour imposer ce qui peut paraître le bon sens : laisser le peuple palestinien décider de son avenir par la création d’un État viable et solide dans des frontières reconnues. De tous temps, ce furent ces aspirations-là qui portèrent les coups fatals aux plus cruels conflits et à l’oppression car l’on peut dire qu’il n’y aurait pas eu en France de général de Gaulle imposant l’indépendance et la paix en Algérie sans la conscience libératrice du peuple français. Il ne faut donc pas craindre d’être pro-peuple israélien, défendre son esprit d’émancipation dont on sait qu’il fut aussi porté par ce terrorisme du siècle dernier, se battre dans le même temps pour que les organisations comme le Hamas dont s’est doté le peuple palestinien, quelque soit le regard porté sur son idéologie mais l’histoire a montré que ce sont souvent des cosmétiques dont on se débarrasse le temps voulu, soient reconnues comme telles et que l’on négocie avec elles sans préavis ni condition. C’est cette mobilisation-là qui est nécessaire. Un jour viendra où une paix durable lavera le sang de toutes ces victimes en donnant un sens à leur mort. Faisons en sorte que cela soit le plus tôt possible.

Article de JP Demont-Pierot paru dans la Petite République le 8/01/2009

janvier 8, 2009 at 4:35 Laisser un commentaire

L’Ambassade

J’ai reçu des demandes de la part de lecteurs concernant mon précédent livre  » L’Ambassade  » dont l’action se situe au Cambodge actuel mais aussi à l’époque de la prise de pouvoir par les khmers rouges et en particulier le siège de l’ambassade de France en avril 1975 au  cours duquel des événements mettant en cause le gouvernement français de l’époque ont suscité la mort dans d’atroces conditions de réfugiés politiques… Ce livre est disponible chez l’éditeur (L’harmattan), dans les librairies et sur les sites marchands (Alapage, etc…) Pour plus d’infos, je recommande de jeter un oeil sur le débat assez hallucinant dans un forum de discussion où il est prouvé que l’on peut discuter d’un livre sans l’avoir lu avec de violentes attaques quasi diffamatoires me concernant (sauf pour l’un des participants qui en a fait un juste critique -du livre- après 3 mois de débats…) mais avec des contributions sur le thème du roman assez intéressantes.

Cliquez sur forum 

décembre 31, 2008 at 11:22 Laisser un commentaire

Entretien sur la Birmanie

Cet entretien a été réalisé cet été avec Laurent Monserrat, journaliste. Sont évoqués la situation en Birmanie, la présence de Total et les thèmes développés dans le livre  » Réchauffement Climatique  »

http://fr.video.yahoo.com/watch/3087702/8793815

décembre 13, 2008 at 12:13 Laisser un commentaire

Ulysse et les OGM, suite de Réchauffement Climatique…

Samedi 26 juillet, j’ai eu le plaisir d’animer à la librairie « Résistance » à Paris, avec le Docteur Annie Faure, celle qui a tant fait pour la défense des victimes de la junte birmane ( en particulier, elle est à l’origine des plaintes contre Total au sujet de complicité de travaux forcés), une réunion-débat concernant mon livre « Réchauffement Climatique« . En cette période de vacances, ce fut vraiment satisfaisant d’avoir pu réunir une trentaine de personnes pour expliquer les racines de ce mal là, notre responsabilité collective en France d’être par le biais de Total, compagnie française, d’être le soutien le plus solide aux généraux birmans. Et oui, si les législateurs désignés par nous les électeurs n’avaient pas décidé la privatisation d’Elf et que cette compagnie nationale dans une logique un peu plus éthique sans que cela soit attentatoire à ses performances industrielles, ait fusionné avec Total nationalisé, la puissance publique aurait alors eu tous les moyens pour priver la junte birmane des milliards de dollars qu’elle reçoit depuis trop d’années. Mais bon, c’est un rêve à postériori qui ne doit pas empêcher la prise de conscience : un prochain changement politique pourrait renverser cet ordre des choses.

Au cours de cette réunion, j’ai pu annoncer la prochaine sortie de mon nouveau livre : Ulysse et les OGM. Un roman bien-sûr dans cette même perspective d’une littérature de solidarité. Un récit qui emmènera le lecteur au Vietnam, au Paraguay, au cœur de Monsanto, mais aussi à Auschwitz lorsque Himmler, ingénieur agronome de profession, décida de créer là-bas les premières expérimentations agricoles…

Notez que c’est le dernier message avant le début septembre. A titre perso, pas de vacances mais la préparation de ce qui nous attend à la rentrée !

août 3, 2008 at 10:08 1 commentaire

L’Humanité : « Les requins de l’écologie » le roman Réchauffement Climatique de J.P.Demont-Pierot

J’ai lu ce jour cet article de l’Huma paru le 21 juin concernant le roman, avec en sous-titre  » les requins de l’écologie  » et le donne en lecture ici :

 » On peut lire cet ouvrage comme une histoire policière fidèle aux règles du genre : intrigue à rebondissements, exotisme, violence, désir. Des personnages emblématiques, journalistes intrépides et sans faiblesses, une brochette d’hommes d’affaires à la morale chancelante, sur fond de grand marché mondial de l’écologie, des victimes qui se comptent par millions : populations déplacées, pourchassées, spoliées, réduites au silence quand ce n’est pas au travail forcé ou à la prostitution. L’aventure rejoint la tragédie, et la vérité dépasse la fiction. On est en Birmanie, et ceux qui tirent les ficelles sont les compagnies pétrolières, Total…, les marchands d’armes, les militaires et l’argent, beaucoup d’argent, qui, comme on sait, est le nerf de la guerre à Paris, Genève ou New York. Tout le monde, néanmoins, n’est pas à vendre. Certains résistent, des solidarités se nouent et sont parfois victorieuses  » Lucien Degoy

juin 25, 2008 at 12:40 Laisser un commentaire

Petit bonheur d’un matin pluvieux de juin…

La vie d’un auteur est souvent difficile, j’en parle d’expérience, mais elle est aussi pleine de petits bonheurs, tel celui ressenti par ce message reçu ce matin de Sophie qui tient avec courage et détermination le blog de la Birmanie libre (lien colonne droite)

 » J’ai fini votre livre, et le l’ai prêté à Kathy, qui a le blog « Birmanie mon cœur saigne », qui a déjà mis un lien vers votre blog, qui vous a déjà contacté je pense, et qui doit être en train de le dévorer.
Les témoignages sur Total sont tirés de témoignages réels que vous avez reçus ? Je prépare un article sur le génocide karen, j’ai encore plusieurs traductions à faire. C’est dedans je pense que je citerai votre livre. J’ai aimé cette quête de l’essentiel, tragique, sensuelle et victorieuse… »

juin 8, 2008 at 8:49 2 commentaires

Pour une littérature de solidarité !

De mes entretiens avec certains journalistes dont la traduction audiovisuelle devrait être effective bientôt sur le net (le Flambeau, Agoravox et Bakchich…) concernant la sortie de mon roman Réchauffement Climatique, il ressort quelques points forts que je vais reprendre ici :

  • Total en Birmanie : Une grande partie des scènes du livre se situe dans ce pays. Dictature sanglante et silencieuse, ce pays qui fut le plus riche et développé du Sud-Est asiatique il y a encore une trentaine d’années est devenu l’un des plus pauvres. Je ne reviendrai pas sur les circonstances de sa destruction par les généraux birmans mais sur celles qui ont sauvé leur pourvoir. Peu avant la construction du gazoduc de Yadana, le rapport de force entre le peuple, la rébellion armée des certaines minorités (Karen en particulier) et l’armée birmane n’était plus en faveur de cette dernière. Très concrètement, ce qui les sauva, ce fut bien cette manne financière, de 1995 jusqu’à nos jours, d’après les estimations près de dix milliards de dollars, qui permit la construction d’un instrument répressif dont on a vu la performance au cours des manifestations d’octobre dernier. En 2007, les versements de Total à la junte ont pu couvrir les dépenses annuelles de l’armée, soit près de 700 millions de dollars. Si on a accusé, à juste titre, Total de complicité de crime de travaux forcés et d’esclavage, ce ne sont malheureusement que des dégâts collatéraux vis à vis de ce crime d’avoir permis à une dictature de doter d’une puissance de feu et de destruction. On peut naïvement se demander pourquoi… Parce que Total a objectivement besoin d’un régime de fer et de sang pour tranquillement exploiter les ressources de ce pays. D’une certaine façon, commanditaire de criminels, Total en Birmanie joue le rôle d’organisation criminelle
  • Kouchner : Tout le monde connait maintenant les circonstances de la rédaction de son rapport rédigé en 2003, le prix payé par Total, près de 30.000 euros, et les rumeurs assez solides de complément de rémunération (certains annoncent des chiffres dépassant les 200.000 euros). Le prix pour vendre son âme d’humaniste, mais faudrait-il qu’il en soit pourvu… D’une certaine façon, Marie Varney, journaliste d’investigation dans mon roman fait le travail qu’il n’a pas voulu faire : Retrouver des témoins, aller sur le terrain et dénoncer cet épouvantable scandale.
  • Industrie pétrolière : Le roman met aussi en évidence les arcanes de l’industrie pétrolière actuelle, ces hommes de l’ombre, ce qui se passe aussi en Azerbaïdjan dans le cadre des gazoduc et oléoduc (South Caucasus Pipeline Company SCPC dont Total est partenaire – gazoduc qui achemine le gaz produit sur Shah Deniz vers les marchés turc et géorgien, et oléoduc BTC Bakou-Tbilissi-Ceyhan qui relie Bakou à la mer Méditerranée) les mêmes pratiques insupportables, mais aussi la nécessité de cette industrie qui fut le responsable d’une pollution durable, de se présenter actuellement comme le meilleur défenseur des énergies nouvelles. Dans vingt ans il n’y a plus de pétrole mais les actionnaires sont une race vorace et il faudra bien trouver de nouveaux moyens pour les nourrir….
  • Littérature utile : J’évoque souvent la thématique d’une littérature utile. Réchauffement climatique n’est pas seulement un roman sur la Birmanie, sur l’industrie pétrolière et le réchauffement climatique mais aussi sur la vie, la rédemption de Nicolas Renan, le personnage principal, un type comme vous et moi, pris dans ses contradictions qui finalement ne comprend rien à notre monde, à cette époque terrible qui nous écrase. Et c’est cela, une littérature de solidarité, parler des autres, personnages de fiction mais aussi de chair et de sang, montrer que dans toute maladie, celle de notre terre, comme celle dont va souffrir Nicolas, il y a des clés à tourner dans le bon ou le mauvais sens, mais que l’impulsion ne peut être donnée que par la prise de conscience et la solidarité des hommes de bonne volonté…

juin 5, 2008 at 4:03 6 commentaires

Articles précédents Articles Plus Récents


Catégories

Articles récents

Commentaires récents

André Mainguy sur TOTAL(E) IMPUNITE
demontpierot sur TOTAL(E) IMPUNITE
Martin Ferrari Domin… sur Ulysse et les OGM
Corset sur Petit bonheur d’un matin…
Aurélien Blanchard sur TOTAL(E) IMPUNITE